Blog de PharmagoraPlus
Syrine Ayed : « Permettre une offre de soins globale et accessible sur tout le territoire »
Agnes Jacobs : Après un été marqué par les tensions et les mobilisations, notamment avec les étudiants en pharmacie aux côtés des pharmaciens d’officine, l’automne s’est ouvert sur un paysage contrasté pour la pharmacie d’officine. L’année 2026 annonce des incertitudes, mais aussi des avancées et des opportunités. Quelles sont vos prédictions et vos espérances pour la pharmacie d’officine en 2026 ?
Syrine Ayed : Nous avons décidé de prendre position aux côtés des pharmaciens d’officine le 18 septembre. Cette mobilisation était motivée par un risque d’écroulement du maillage territorial de l’offre de soins, plus encore que par les seules questions économiques. Il y avait un vrai risque lié à l’impact des mesures sur les génériques et sur l’économie officinale. Nous suivons de près les travaux menés dans le cadre de la mission conjointe de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) et de l’Inspection générale des finances (IGF), qui vise à revoir l’économie officinale.
En tant qu’étudiants en pharmacie, nous avons aussi un rôle à jouer. Beaucoup d’étudiants travaillent en officine : cela permet à la fois de soutenir les pharmaciens dans leurs besoins de recrutement et de répondre à la précarité étudiante. La question du maillage territorial est également centrale : nous y avons beaucoup réfléchi et nous y reviendrons.
Nous espérons surtout que de véritables politiques publiques seront mises en place afin de garantir une offre de soins globale sur l’ensemble du territoire français. Les déserts pharmaceutiques n’existent pas encore, mais les déserts médicaux, eux, sont bien une réalité. Il est essentiel que chaque personne puisse accéder à une offre de soins sans devoir parcourir 40 kilomètres.
Nous espérons que cette mission aboutira et permettra de construire un véritable modèle d’économie officinale, moins dépendant du prix de la boîte, en développant les missions. L’objectif est de permettre aux pharmaciens d’être de réels acteurs de santé publique, avec davantage de responsabilités dans une offre de soins plus complète pour les patients.
Agnes Jacobs : Les textes de la réforme du troisième cycle des études pharmaceutiques viennent d’être votés au Conseil national de l’enseignement supérieur et de la recherche. Après près de dix ans de travail, les dernières semaines ont marqué un tournant décisif. Pouvez-vous expliciter le travail de l’ANEPF, vos attentes, les évolutions majeures de la réforme, ainsi que les zones d’ombre qui subsistent ?
Syrine Ayed : La réforme du troisième cycle a débuté il y a neuf ans. Son objectif est de créer un diplôme d’études spécialisées (DES) pour les filières officine et industrie-recherche. Les filières hospitalières et de biologie médicale disposent déjà de ces diplômes depuis 2017 et 2019. Depuis environ 2018, nous travaillons donc sur les cycles courts.
Le DES vise à développer les compétences des étudiants plutôt que de se concentrer uniquement sur les connaissances. Un référentiel de compétences a été construit avec les doyens des facultés afin de mieux préparer les étudiants à leur futur exercice professionnel.
La filière officine a nécessité le plus de travail. Aujourd’hui, les étudiants effectuent six mois de stage en officine. La réforme prévoit un allongement à neuf mois, entrecoupés de périodes de cours, selon une organisation propre à chaque faculté. Cela pourrait par exemple se traduire par trois semaines en officine suivies d’une semaine à la faculté.
La question de la validation du stage et de la thèse a également été centrale. Le portfolio a été introduit : il constitue l’équivalent d’un mémoire de DES et permet de valider le stage en sixième année. Pour l’industrie, la situation est différente, car les étudiants réalisent déjà un master 2 avec un mémoire ; l’ajout d’un portfolio reste donc en discussion.
Concernant la thèse, un compromis a été trouvé avec l’ensemble de la profession : les étudiants disposeront d’un an universitaire après la validation de la sixième année pour la réaliser.
La revalorisation de la gratification des stages de sixième année en officine est également un point clé. Aujourd’hui, elle est d’environ 600 euros. L’objectif est de l’augmenter et de sécuriser son financement. Le modèle repose sur la loi de financement de la sécurité sociale : les officines verseraient la gratification, puis seraient remboursées par l’Assurance maladie. Ce circuit doit être clairement fléché et encadré, notamment via la convention collective de la pharmacie d’officine. À ce stade, l’absence de garantie formelle de l’État reste un point de vigilance, dans l’attente d’un document prévu en 2026.
Enfin, le rôle des agences régionales de santé pose question. Dans le texte voté, les ARS deviendraient décisionnaires pour l’agrément des maîtres de stage. Cela pourrait entraîner des affectations éloignées des facultés, avec des difficultés de logement pour les étudiants. Nous estimons que l’agrément devrait rester sous la responsabilité des doyens, qui connaissent leurs maîtres de stage et peuvent réagir rapidement en cas de difficulté. Le risque, sinon, est celui de lourdeurs administratives et d’une diminution du nombre de maîtres de stage au nom de politiques territoriales.
Agnes Jacobs : La santé mentale est au cœur du programme de PharmagoraPlus 2026. Vous venez de lancer une ligne d’écoute confidentielle pour les étudiants. Pouvez-vous nous en dire plus sur votre approche de ce sujet ?
Syrine Ayed : L’an dernier, nous avons mené une enquête sur la santé mentale des étudiants en pharmacie. Les résultats sont très préoccupants : un étudiant sur trois estime que ses études sont à l’origine de son mal-être, et près de 50 % présentent une symptomatologie anxieuse possible selon les questionnaires diagnostiques.
Face à ces constats, nous avons pris position et proposé plusieurs actions. Nous souhaitons notamment la création d’un observatoire de la santé mentale pour l’ensemble des étudiants, car ce mal-être ne concerne pas uniquement la pharmacie. Nous demandons également de véritables actions de la part des pouvoirs publics.
Il existe déjà la Coordination nationale de l’accompagnement des étudiants (CNAE), mais celle-ci reste encore peu visible et peu utilisée. C’est pourquoi nous avons décidé de créer une ligne relais. Elle permet aux étudiants de s’exprimer librement et confidentiellement par téléphone, un mode d’échange jugé plus accessible par 68 % des répondants en cas d’urgence.
Notre rôle est d’écouter, d’évaluer la situation et d’orienter les étudiants vers des professionnels de santé ou des dispositifs spécialisés, comme les lignes de prévention du suicide ou Nightline. Trois personnes à l’ANEPF assurent cette ligne ; elles ont été formées aux premiers secours en santé mentale. Les données recueillies servent uniquement à améliorer le dispositif, qui fera l’objet d’une évaluation avec des professionnels partenaires.
Au-delà de cette ligne, nous demandons aux universités de relayer les campagnes de sensibilisation existantes et à l’État d’en développer davantage, afin de déstigmatiser la santé mentale. L’objectif est de permettre aux étudiants de vivre leurs études sereinement et de se sentir libres de parler.
Agnes Jacobs : Enfin, pourquoi, selon vous, les pharmaciens et les étudiants en pharmacie devraient-ils assister à PharmagoraPlus 2026 ?
Syrine Ayed : PharmagoraPlus est un événement fédérateur qui réunit l’ensemble des acteurs du monde pharmaceutique. C’est une occasion unique pour les étudiants de rencontrer des professionnels déjà installés et de construire leur future carrière, quelle que soit la filière choisie. Les stands sont adaptés à toutes les perspectives professionnelles en pharmacie.
C’est aussi un moment clé pour s’informer sur l’actualité pharmaceutique grâce aux tables rondes, plénières et conférences. Lorsque l’on n’est pas encore sur le terrain, il peut être difficile de suivre l’évolution de la profession : ce salon permet justement de mieux comprendre les réalités de l’officine et d’adapter son projet professionnel en conséquence, y compris dans un contexte parfois complexe pour les pharmaciens.
Entre réforme de la formation, évolution des missions officinales et prise de conscience du mal-être étudiant, les enjeux qui traversent aujourd’hui la pharmacie engagent l’ensemble de la profession. Pour Syrine Ayed, l’avenir de l’officine passe par une meilleure reconnaissance des compétences, un maillage territorial préservé et une attention renforcée portée à celles et ceux qui feront la pharmacie de demain. Autant de sujets qui nourriront les échanges et les débats lors de PharmagoraPlus 2026.
































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