Blog de PharmagoraPlus
Rémunération, maillage officinal, proximité : les conditions d’une pharmacie durable en 2026
La pharmacie d’officine aborde 2026 à un moment charnière. Entre incertitudes persistantes sur la rentabilité, baisses de prix annoncées et ambitions croissantes en matière de santé de proximité, le modèle officinal est appelé à se transformer en profondeur. Laurence Bouton, Senior consultante indépendante, experte de l'environnement pharmaceutique français, donne ici une analyse des fragilités du réseau, des leviers à activer pour préserver le maillage territorial et des conditions indispensables pour construire une rémunération cohérente avec le rôle sanitaire que la société attend désormais des pharmaciens.
Agnes Jacobs : Après une un été marqué par les tensions et les mobilisations, l'automne s'est ouvert sur un paysage contrasté pour la pharmacie d'officine. L'année 2026 annonce des incertitudes, mais aussi des avancées et des opportunités. Quelles sont vos prédictions et espérances pour la pharmacie d'officine en 2026 ?
Laurence Bouton : En 2026, je souhaite réellement que la rémunération des pharmaciens soit revue en profondeur et non pas par des saupoudrages de mesures. Pour que les causes de tension, notamment économiques, que l’on a vues en 2025, soient réellement dissipées. Même si la loi de finance de la sécurité sociale, promulguée le 31 décembre donne des assurances sur les génériques et les biosimilaires, les incertitudes demeurent sur l’économie de la pharmacie avec notamment l’amplification des baisses de prix (1,4 milliards prévus en 2026).
Mon souhait est donc qu’il y ait une révision de la rémunération où tous les acteurs y retrouvent leur compte. Il y a clairement un déficit de la Sécurité sociale, ce qui entraîne une demande d’effort adressée à tous les acteurs de santé. Il y a aussi une demande d’effort pour que le pharmacien passe d’un dispensateur de produits de santé à un acteur de santé de proximité, et notamment acteur de premier recours.
Aujourd’hui, le maillage du service de santé en France n’est pas satisfaisant. Je souhaite une approche équilibrée, permettant à tous les pharmaciens, quelle que soit leur situation, d’assurer le service qu’on souhaite les voir prendre et qu’ils soient parties prenantes, dans les structures France Santé officialisées par la loi de santé 2026.
AJ : La plupart des inquiétudes des pharmaciens concernent la rentabilité officinale et la pérennité du maillage officinal, étant donné que le pharmacien reste le professionnel de santé le plus proche des patients. Que faudrait-il faire pour garantir la pérennité du réseau et préserver l’accès aux soins ? Comment les groupements peuvent-ils soutenir la rentabilité des pharmacies ?
LB : La rentabilité d’une pharmacie vient de deux sources : l’activité de service de santé aux patients - je ne veux plus dire « dispensation » aujourd’hui cela va bien au-delà (vaccination, prévention, dépistage …) - et la négociation avec ses fournisseurs des produits et services dont le pharmacien a besoin pour assurer la qualité de sa mission.
Aujourd’hui, il y a des transferts d’intérêt. Prenons l’exemple des génériques : l’État a besoin des pharmaciens pour développer l’approche générique et biosimilaire, mais il rémunère cette activité presque uniquement via des ROSP, donc des primes sur des objectifs de santé. Ce sont des primes, pas une rémunération classique du pharmacien. Si on demande une mission, avant de parler prime, il faut une rémunération sur cette mission.
Lorsque le générique a été lancé il y a 20 ans, l’État n’en avait pas les moyens et s’est appuyé sur les laboratoires pour constituer la majeure partie de la rémunération. Or aujourd’hui, on demande aussi à ses derniers des baisses de prix. Ils ne peuvent pas faire des efforts des deux côtés. Il faut donc une réflexion de rééquilibrage, et pourquoi pas parler de répartition des gains réalisés - oui pour les économies du système de santé, mais pas au détriment de la santé économique du pharmacien.
AJ : Les plus petites pharmacies, notamment rurales, semblent particulièrement fragilisées.
LB : Bien sûr. Dans un village avec un seul médecin, la pharmacie ne peut pas être de la taille d’une pharmacie de centre commercial. Les coûts d'exercice, eux, ne sont pas proportionnés à la taille. Lorsque le médecin part à la retraite, la première fragilité est l’absence de prescription, et les patients vont voir un médecin dans le canton voisin. L’activité, déjà fragile, chute.
C’est vrai pour les pharmacies rurales, mais aussi pour les pharmacies de quartier. Dans un commerce de proximité, les distances se font à pied. Quand il n’y a plus de médecin à proximité, le patient change ses habitudes et peut aller dans une pharmacie de centre commercial. Ces dernières prospèrent, car il y a un transfert des patients.
C’est un cercle vicieux : la petite pharmacie, ayant moins de moyens, ne peut plus investir dans son stock de parapharmacie, ne répond plus aux besoins, et le patient finit par se détourner de sa pharmacie de proximité. Alors quand le malade en a réellement besoin, notamment quand il vieillit, c’est trop tard, la pharmacie aura baissé le rideau.
AJ : Que pensez-vous des antennes de pharmacie ? Peuvent-elles aider à résoudre une partie de ces problématiques ?
LB : Oui, c’est même certain. On se rend compte que l’État n’a pas les moyens de ses ambitions. L’ambition est un maillage pharmaceutique satisfaisant dans un environnement où le maillage médical est déjà très détérioré.
L’antenne permettrait de mutualiser les coûts avec une pharmacie qui en a les moyens. C’est comparable aux bureaux de poste qui ont été remplacés par des antennes avec des horaires réduits, mais un service maintenu. Il vaut mieux un service pharmaceutique économiquement acceptable pour les pharmaciens et pour le système de santé, afin d’apporter les soins aux patients.
LB : Pour conclure : il faut des soignants en bonne santé pour apporter une bonne santé. Les pharmaciens sont des soignants, des acteurs de santé. Pour eux, la santé psychologique est essentielle, mais la santé économique l’est tout autant, et les deux sont liées.
Je souhaite vraiment revoir la rémunération du pharmacien en fonction de la stratégie de santé que l’on veut développer en France, tout en tenant compte des contraintes économiques du réseau. Aujourd’hui, j’ai le sentiment qu’on coupe des pans entiers de l’économie de la pharmacie et qu’on fait du saupoudrage d’assaisonnement sur les nouvelles missions.
AJ : Finalement, pourquoi les pharmaciens devraient-ils assister à PharmagoraPlus 2026 ?
LB : Pour adopter une bonne stratégie, il faut avoir une bonne vision. Bien sûr, on peut s’informer par les médias, mais PharmagoraPlus offre une synthèse de la situation actuelle du marché pharmaceutique, avec des intervenants de qualité. C’est l’occasion d’avoir une vision en direct, de poser des questions sur des sujets qui les interpellent, et de se positionner pour définir leur stratégie.
Et pour la santé mentale des pharmaciens, c’est important d’être ensemble, de partager les soucis. Pour avoir des pharmaciens en bonne santé, il faut une bonne santé mentale et une bonne santé économique. PharmagoraPlus est à l’écoute des pharmaciens et présente des solutions gagnantes pour eux : cela mérite le déplacement.






























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